À propos d’un tableau à l’attribution incertaine et de son sujet

L’Astronomie — vers 1635-1640 (ci-contre)
Hypatie et Artemisia Gentileschi ?
Malgré toutes les expertises, l’auteur de cette « allégorie de l’astronomie » est incertain. Alors pourquoi pas se permettre un choix. Entre deux possibilités, selon ceux qui savent, je choisis Artemisia Gentileschi (1593-1656).
Sa postérité a assez souffert d’injustices pour qu’on lui attribue sans scrupule une toile de trop, peut-être.
Tout aussi arbitrairement, il me paraît évident que cette femme qui a le regard tourné vers les astres et leurs mouvements, animée du désir de la connaissance, est la philosophe et mathématicienne grecque Hypatie (370 – 415). Qui plus est il y a une certaine ressemblance physique.
Hypathie avait ouvert à Alexandrie une école néoplatonicienne et mourut lapidée par une foule chrétienne. Si Artemisia Gentileschi a eu connaissance de son existence, il ne serait pas surprenant qu’elle se soit reconnue, ait reconnu une part de son histoire, dans celle d’Hypatie, dans la violence subie autant que la volonté et la liberté d’une femme de faire ce qui n’était réservé qu’aux hommes.
Même si ce n’est pas le cas, il serait juste et beau que cela soit vrai, et s’il faut user de la formule avec prudence, on pourra légitimement resservir ici la bien connue fin du film de John Ford, L’Homme qui tua Liberty Valance : « When the legend become fact, print the legend ». S.P.
Ci-dessous : un autoportrait d’Artemisia Gentileschi, Royal collection.
Informations, parmi d’autres :
—> Sur le tableau, Portraits de la pensée, 2011, Éditions Nicolas Chaudun, dir. Alain Tapié & Régis Cotentin, p. 118 – 119.
—> Sur Hypatie, un article de Maurice Sartre, historien (au moins bien connu des lecteurs de la revue L’Histoire), spécialiste de l’Antiquité gréco-romaine, Professeur émérite d’histoire à l’université François-Rabelais de Tours.

Il est l’auteur d’un Hypatie ou la science victime du pouvoir (publié par Le Nouveau magazine littéraire). À propos de son enseignement, suivi par païens et chrétiens, on y trouvera la référence aux œuvres de Synésios de Cyrène (370-415). Celui-ci, ancien élève (néoplatonicien et évêque), l’évoque.
—> Diderot, article Éclectisme de l’Encyclopédie.
—> Une notice de Pierre Hadot dans le Dictionnaire des philosophes de l’Encyclopedia Universalis, Albin Michel, 1998.
—> Le film Agora, d’Alejandro Amenábar, et, à son propos, un billet de Claude Aziza dans L’Histoire, n° 349, janvier 2010, p. 29.