GUERRE — La Boétie – Locke

• GUERRE – Étienne de La Boétie (1530-1563)

Un extrait du Discours de la servitude volontaire de La Boétie (en écho à une actualité – cf page d’Accueil)

«« Aux batailles tant renommées de Miltiade, de Léonide, de Thémistocle, qui ont été données deux mille ans y a [il y a deux mille ans] et qui sont encore aujourd’hui aussi fraîches en la mémoire des livres et des hommes comme si c’eût été l’autre hier, qui fur ent données en Grèce pour le bien des Grecs et pour l’exemple de tout le monde, qu’est-ce qu’on pense qui donna à si petit nombre de gens comme étaient les Grecs, non le pouvoir, mais le cœur de soutenir la force de navires que la mer même en était chargée, de défaire tant de nations, qui étaient en si grand nombre que l’escadron des Grecs n’eût pas fourni, s’il eût fallu, des capitaines aux armées des ennemis, sinon qu’il semble qu’à ces glorieux jours-là ce n’était pas tant la bataille des Grecs contre les Perses, comme la victoire de la liberté sur la domination, de la franchise sur la convoitise ?

C’est chose étrange d’ouïr parler de la vaillance que la liberté met dans le cœur de ceux qui la défendent. »


• GUERRE – John Locke (1632-1704)

« Celui qui tente de réduire un autre homme sous sa dépendance absolue entre dans l’état de guerre vis-à-vis de lui ; il faut voir là l’intention déclarée de s’attaquer à sa vie. Si quelqu’un cherche à me faire tomber en son pouvoir sans mon consentement, j’en conclus avec raison, qu’une fois la chose faite, il userait de moi comme il voudrait et irait jusqu’à me détruire, si l’envie lui en prenait, car nul ne peut souhaiter me tenir absolument à sa merci, sinon pour me contraindre, par la force, à ce qui enfreint mon droit à la liberté, c’est-à-dire, pour faire de moi un esclave. Echapper à cette violence, telle est la seule garantie de ma conservation ; la raison m’enjoint de traiter en ennemi de celle-ci quiconque voudrait m’ôter la liberté, sa clôture protectrice ; tenter de m’asservir, c’est me déclarer la guerre. Dans l’état de nature, si quelqu’un cherche à priver un autre de sa liberté, il faut nécessairement lui imputer le projet de s’emparer de tout le reste, car tout repose sur elle ; de même, dans l’état de société, si quelqu’un cherche à priver les membres de cette société, ou de cette république, de la liberté qui leur appartient, il faut lui prêter le dessein de leur prendre tout le reste et, en conséquence, le traiter comme en état de guerre. […] 

S’il use de la force, alors que rien ne l’autorise à me réduire à sa merci, qu’il explique son geste comme il veut, je n’ai aucune raison de penser que cet individu, prêt à m’ôter la liberté, renoncerait à me priver de tout le reste, s’il me tenait en son pouvoir. […] L’exercice illégal de la force contre la personne d’un homme crée l’état de guerre […] Dès que l’état de guerre a commencé, il continue ; il comporte, pour la partie innocente, le droit de détruire l’autre si elle peut, jusqu’à ce que l’agresseur offre la paix et souhaite une réconciliation sur la base de conditions qui assurent la réparation de tous les dommages déjà causés par lui et qui mettent la victime à l’abri pour l’avenir. »

Locke, Deuxième traité du gouvernement civil, 1690.