CONFESSION (Secret de la)

Réaction à un entretien de France Info avec le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, publié le 06/10/2021 11 :02

(texte modifié le 08/12 – post-scriptum)

Relativement au secret de la confession, il est étonnant de voir cet homme intelligent (malheureusement pour lui ?) s’obliger à rester aveugle aux conséquences possibles de ce qu’il défend, cela en revendiquant une soumission à « Dieu » dont il sait ce qu’elle peut avoir ici de particulièrement scandaleux. Qu’il le veuille ou non, il rompt ainsi avec les lois de l’humanité, celles qui fondent une république comme la nôtre et légitiment des devoirs envers elle, donc envers chaque citoyen avec lequel il prétend pourtant vivre selon des lois communes.

Un prêtre pourrait donc — il le devrait — ne pas dénoncer un acte pédophile. Il nous est ainsi annoncé qu’en principe, à proprement parler, la Conférence des évêques de France approuve en ce cas la désobéissance aux lois de la République et, en conséquence, ne respectera pas ses concitoyens, non seulement comme tels, mais en tant que personne. 

Si l’on nous permet d’ironiser, faut-il comprendre que ce prêtre ne devrait pas dénoncer tout en s’en sentant coupable — car il ne peut ignorer qu’objectivement il se fait complice ? Devrait-il donc lui-même s’en confesser ? Pour obtenir l’absolution ? Devrait-il se sentir douloureusement, à regret, héroïque, saint, dans sa soumission à Dieu ?

Ainsi le président de la Conférence des évêques de France met le secret de la confession au-dessus de lois de la République (de l’humanité), socle d’une société démocratique, la possibilité même de son existence. Il le met au-dessus de la confiance que cela suppose, celle d’une commune obéissance aux lois. De fait il justifie ainsi bien des désobéissances et non seulement la sienne. Toute personne ou tout groupe qui estimerait supérieure aux lois de la république telle idée, croyance ou valeur, pourrait ainsi légitimer sa désobéissance aux lois sur la seule foi d’une sacralité qui lui est propre.

Un prêtre de l’Église catholique s’accorde donc le droit de nous mentir (par omission, ce qui n’est pas en soi un moindre mal), de mentir par exemple à des parents sur le sort de leur enfant, de mentir et de laisser faire en ne dénonçant pas. Il s’en fait même un devoir.

Il est incroyable d’entendre qu’on pourrait envisager comme solution de s’en remettre à l’enfant lui-même (voire au coupable) en le portant, en confession, à dénoncer au-dehors ce qui lui arrive (ou à avouer ce qu’il fait, pour le coupable). Vouloir ainsi, à tout prix, sauver le secret de la confession conduit insidieusement à le vendre comme on vend une marchandise. Alors viennent des arguments qui n’ont même plus rien à voir avec « Dieu ».

Ainsi, nous dit-on (pour culpabiliser), en voulant supprimer le secret de la confession, on supprimerait un lieu de parole pour la victime (voire le coupable). Nous voulons bien croire que parfois, dans la confession, comme en toute situation où la parole se libère, un prêtre, selon son intelligence et sa sensibilité, son humanité, pourrait aider, assister. Mais cela ne saurait suffire ici, sans compter qu’on ne peut faire passer la confession pour l’égal d’un soin. Non seulement on peut au moins douter que l’on se confie facilement à un prêtre quand il s’agit d’en dénoncer un autre, mais outre des procédures et des compétences connues et reconnues par l’État, cela supposerait des devoirs républicains, donc au moins, en certains cas, la fin du secret et de ses effets désastreux.

Faute de cela, cet argument se montre pour ce qu’il est : un instrument pour sauver le secret de la confession, à tout prix. Ce n’est plus la sacralité d’un serment qui est ici invoquée pour justifier ce secret, mais un argument banalement psychologique, qui prétend à l’humanité. Peu importe qu’il se montre faible, très discutable pour le bien de la victime, insuffisant de toute façon. Il s’agit de faire feu de tout bois. Commodément, le secret de la confession en sort justifié. De casuiste à sophiste, on le sait de longue date, il peut n’y avoir qu’un pas.

Une dernière remarque : comment une commission sénatoriale a-t-elle pu accepter cela sans broncher ? sans rappeler au moins la faute commise et les risques encourus ?

Simon PERRIER 

P.-S. : Malheureusement une telle posture indique une Église catholique guère plus capable que celle des débuts du XXe siècle d’accepter et reconnaître une société laïque et ses institutions, donc la primauté de ses lois, pour qu’il y ait authentiquement société, liberté. En 1910, Jaurès disait à la Chambre des députés que « pour l’Église catholique, toutes les institutions, la patrie comme la famille, n’avaient pas et ne pouvaient pas avoir une valeur absolue, qu’elles n’avaient de valeur que dans la mesure où elles étaient conformes aux principes de l’Église elle-même »[1]. Puisque le mot est en vogue, si l’on veut trouver un exemple de séparatisme, en voilà un.


[1] Jaurès, Discours devant la Chambre des députés, 24 janvier 1910.