ABÉCÉDAIRE P – Z

• Pédagogie – article : Du narcissisme comme pédagogie


 Philosophes


• Progrès


Extrait de Les 100 mots de la philosophie, sous la direction de Frédéric Worms (PUF, 2013).

 » Le syntagme [l’association des deux mots ayant un sens déterminé] de « raison publique » n’est sans doute rien d’autre qu’un pléonasme et la démarche de Jürgen Habermas, qui en fait une catégorie essentielle, vise d’abord à le montrer : son caractère public n’est pas un trait secondaire mais définitoire de la raison.

C’est une remarque de Kant dans Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? (1786) qui indique peut-être pour la première fois explicitement ce caractère essen­tiellement public de la raison : nous ne pensons vraiment, c’est-à-dire rationnellement, que lorsque nous pensons « en commun » – ceci affirmé d’ailleurs pour soutenir l’exigence de liberté d’expression et de circulation des idées et l’importance décisive des conditions matérielles (c’est-à-dire politiques et sociales) dans la réalisation de la raison. Cette mise en commun et en circulation des idées reste cependant une construction empiriquement tâtonnante, tant qu’elle n’est pas structurée par des idéalités régulatrices et orientée par la recherche d’une entente coopérative dans l’affirmation des vérités et la détermination des normes.

La raison publique n’est donc évidemment pas la pensée commune, règne de l’opinion majoritaire, et elle ne s’oppose pas non plus à ce « penser par soi-même » qui aura été l’exigence première de la philosophie moderne. Elle implique une éthique de la discussion dont les conditions et les règles, pour n’être jamais empiriquement remplies, n’en ont pas moins force structurante. À la pensée qu’on pourrait dire monologale, on substitue donc un modèle communicationnel et argumentatif : la raison consiste à faire valoir des raisons propres à soutenir des propositions devant un auditoire universel. La théorie consensuelle de la vérité à laquelle on peut ainsi aboutir, comme celle, dans l’ordre pratique des normes, du juste, ne devrait donc pas être guettée par un quelconque relativisme. […]


• Rire de Démocrite — Montaigne

Hendrick Ter Brugghen, Démocrite, (1588-1629)

• Rivières




Sade (Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit marquis de) — 1740-1814

Tout de même loin des Lumières, « l’essentiel pour lui est d’abord de détruire toute prétention à l’universalité : les systèmes philosophiques, y compris le sien, ne sont que des discours de justification. Leur diversité répond à la diversité de la nature, chacun doit savoir qui est bon pour lui. ‘‘Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! Ma façon de penser est le fruit de mes réflexions, elle tient à mon existence”. »

« La question reste ouverte de savoir si, ce faisant, Sade dénature le libertinage ou s’il en révèle la vérité ultime. Mais il est certain que c’est bien cette question que Sade pose à ses lecteurs : jusqu’où peut-on pousser la liberté individuelle et le souci de soi. […] Bien plus que l’obscénité des textes, c’est cette perversion de la liberté, lorsqu’elle ne reconnaît plus dans les autres que les instruments de ses propres caprices… ».

Le libertinage, XVIIIe siècle, était-il condamné à la démesure et à la seule affirmation d’une puissance sans cesse renouvelée et amplifiée  ?




• Servitude volontaire – Reconnaissance (Simone Weil)




Tahitian-born surfer Kauli Vaast rides a wave in Teahupo’o, Tahiti, French Polynesia, Sunday, Jan. 13, 2024. (AP Photo/Daniel Cole)

Étonnant donc, Alain parlant du Surf, pour dire la liberté, « cette victoire qui est en même temps obéissance », un jeu avec le déterminisme, en s’en servant. Bon, pour être honnête, je ne suis pas sûr (!) qu’il pensait au surf, même s’il passait l’été en Bretagne. Mais il y a dans un autre livre la même image du bateau remontant au vent, contre le vent et grâce à lui, en s’appuyant sur une autre force (la quille) pour louvoyer. Alors… S.P.



 « Tonnerre de Brest ! »

Origine de l’expression, au moment de la révolution française, juron favori du capitaine Haddock, à lire dans un article de Bruno Calvès dans la revue L’Histoire, n° 458, Avril 2019, p. 22-23


• Vent

« le temps est-il défavorable à la navigation, nous sommes assis, l’esprit tendu, nous nous penchons continuellement : Quel vent fait-il ? – Un vent de nord. Qu’avons-nous à faire de lui ? – Quand le Zéphyr va-t-il souffler ? – Quand cela lui plaira, mon cher, à lui ou à Eole ; ce n’est pas toi que Dieu a fait répartiteur des vents, c’est Eole. Quoi donc ! Il faut disposer au mieux de ce qui dépend de nous, et user d’autres choses comme elles sont. – Comment sont-elles ? – À la volonté de Dieu. » Épictète, Entretiens.


« Mais quoi, nous sommes partout [en tout] vent. Et le vent encore, plus sagement que nous, s’aime à bruire, à s’agiter, et se contente en ces propres offices, sans désirer la stabilité, la solidité, qualités non siennes. » Montaigne, Essais, L. III, XIII.


• Vieillesse

Baudelaire, extrait Vingt-cinq poèmes des Fleurs du mal, illustrations de Rodin, éditions L.C.L., coll. Les Peintres du Livre.

« Quelque chose d’inexplicable en moi m’empêchait de chercher le salut dans la fuite. Pour une part, c’était une sorte d’entêtement à ne point vouloir fuir sans cesse puisque aussi bien le mauvais sort me poursuivait partout, et pour une autre, aussi, c’était déjà de la lassitude. « Faisons face au temps comme il vient et change », me disais-je avec Shakespeare. S’il veut s’emparer de toi, ne te défends pas plus longtemps contre lui, à près de soixante ans. Le meilleur de tes biens, la vie que tu as vécue, il n’est plus en mesure d’y porter la main. Je restai donc. » Stefan Zweig, Le Monde d’hier.


• Vieillesse, vieillir, mourir

Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, l. III.

I. – Il ne faut pas seulement considérer que la vie chaque jour se consume et que la part qui reste diminue d’autant. Mais il faut encore considérer ceci : à suppo­ser qu’un homme vive longtemps, il demeure incertain si son intelligence restera pareille et suffira dans la suite à comprendre les questions et à se livrer à cette spécula­tion qui tend à la connaissance des choses divines et humaines. Si cet homme, en effet, vient à tomber en enfance, il ne cessera ni de respirer, ni de se nourrir, ni de se former des images, ni de se porter à des impul­sions, ni d’accomplir toutes les autres opérations du même ordre ; mais la faculté de disposer de soi, de discerner avec exactitude tous nos devoirs, d’analyser les apparences, d’examiner même s’il n’est point déjà temps de sortir de la vie, et de juger de toutes les autres considérations de ce genre qui nécessitent une raison parfaitement bien exercée, cette faculté, dis-je, s’éteint la première. Il faut donc se hâter, non seulement parce qu’à tout moment nous nous rapprochons de la mort, mais encore parce que nous perdons, avant de mourir, la compréhension des questions et le pouvoir d’y prêter attention.




 Vierge – Virginité – Marie

En défense, par Pascal (1623-1662) de la possibilité de l’enfantement par une vierge : « « Pourquoi une vierge ne peut-elle enfanter ? Une poule ne fait-elle pas des œufs sans coq ? Quoi les distingue par d’avec les autres ? et qui nous a dit que la poule n’y peut former ce germe aussi bien que le coq ? »

Pascal, en avance sur la parthénogenèse.


Vulgarisation — Article Vulgariser ou enseigner la philosophie

Paru comme éditorial dans la revue L’Enseignement philosophique – 62e année – N° 1 – 12/2011


• Vie publique et engagement (réseaux sociaux ?)

M. Merleau-Ponty (1908-1961), Lecture de Montaigne.

« L’imagination, le prestige règnent toujours dans nos rapports avec autrui. Encore bien plus dans la vie publique. Elle nous associe à ceux que nous n’avons pas choisis, et à beaucoup de sots. Or, il est impossible de traiter de bonne foi avec un sot. Mon jugement ne se corrompt pas seulement à la main d’un maître si impétueux, mais aussi ma conscience*. Dans la vie publique, je deviens fou avec les fous. Montaigne sent vivement qu’il y a dans le social un maléfice : chacun met ici à la place de ses pensées leur reflet dans les yeux et les propos d’autrui. Il n’y a plus de vérité, il n’y a plus, dira Pascal, consentement de soi à soi-même. Chacun est à la lettre aliéné. Retirons-nous de là. […] Il est vrai que I’on ne peut pas toujours s’abstenir, que d’ailleurs c’est laisser faire. »

* citation de Montaigne. L’essai de M.M-P commence par la mise en exergue de deux citations de Montaigne, « Je m’engage difficilement » & « il faut vivre entre les vivants ». C’est l’engagement dans la vie politique et sociale dont il est question. Pour Montaigne, poursuit Merleau-Ponty, la vie publique amène toujours plus ou moins à des concessions, des compromis, qu’on ne ferait pas sinon. « II est absurde de vouloir régler par la raison une histoire qui est faite de hasards […] Jamais la raison ne pourra penser la publique. » Mais il nous faut bien parfois « entrer dans la folie du monde, et nous avons besoin d’une règle pour ce moment-là. Montaigne le savait, il ne s’est pas dérobé. »