• Infini (et pourtant…)
« La doctrine de l’infinité de l’espace et du temps reposerait sur l’expérience ? En effet, pour peu que l’on montrât un peu de logique, ces dogmes de l’infinité et de la réalité de l’espace et du temps vous mèneraient à des expériences et des résultats tout à fait réjouissants, à savoir : au néant. On serait forcé de convenir que le réalisme était le véritable nihilisme. Pourquoi ? Pour cette simple raison que le rapport de n’importe quelle mesure avec l’infini est égal à zéro. Il n’y a pas de mesure dans l’infini, il n’y a ni durée ni changement dans l’éternité. Dans l’infini spatial, dès lors que toute distance est mathématiquement égale à zéro, on ne saurait pas même concevoir deux points situés l’un à côté de l’autre, encore moins un corps, encore moins un mouvement » *
Thomas Mann, La Montagne magique, Le Livre de poche – Arthème Fayard, trad. de Maurice Betz.
[* C’est la pensée de Naphta qui est rapportée dans ce passage, lequel, dans les lignes qui précédent, s’amuse des prétentions d’une science qui tend au matérialisme et prétend avoir découvert avec l’atome l’ultime et indivisible particule, en somme la substance primitive, tout en affirmant l’infinité de l’univers — le livre date de 1923 — S.P.
• Idéalisme (courant philosophique)
« …L’idéalisme est cette philosophie selon laquelle l’esprit ne pose que les problèmes qu’il peut immédiatement résoudre par les ressources qui lui sont propres et qu’il lui suffirait de déployer sans sortir de lui-même » É. Borne, Le Problème du mal, 1963, PUF.
( Nous conseillons de lire ce passage en lisant d’abord, par exemple, dans le Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines de Morfaux & Lefranc, éd. 2011, l’article idéalisme, notamment 3.b,c,d. Voir aussiLes 100 mots de la philosophie de F. Worms (Que-sais-je ?, éd. 2023, II, 47). Ce qui précède s’insère dans un livre qui n’est pas sans parti-pris. Le ton en est d’ailleurs un peu ironique, à tort ou à raison)
Remarquons ce qu’en dit Diderot, en ce sens, même s’il le dit en raccourci : « On appelle idéalistes ces philosophes qui, n’ayant conscience que de leur existence et des sensations qui se succèdent au-dedans d’eux-mêmes, n’admettent pas autre chose ». Lettre sur les Aveugles.

• Inconscience (désir d’inconscience)
« C’est dans l’angoisse que l’homme éprouve son délaissement. Fuyant sa liberté, sa subjectivité, il voudrait se perdre au sein du Tout : c’est là l’origine de ses rêveries cosmiques et panthéistique, de son désir d’oubli, de sommeil, d’extase, de mort. Il ne parvient jamais à abolir son moi séparé : du moins souhaite-t-il atteindre la solidité de I’être en-soi, être pétrifié en chose ; c’est singulièrement lorsqu’il est figé par le regard d’autrui qu’il s’apparaît comme un être*. » Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, 1949, Gallimard.
* s’apparait à lui-même, devient conscient, relativement à l’autre, donc comme une personne.
• Ironie
• « l’ironie ne veut pas être crue, elle veut être comprise. C’est-à-dire « interprétée ». L’ironie nous fait accroire non ce qu’elle dit, mais ce qu’elle pense ; bonne conductrice, elle s’arrange pour que l’on croie ce qu’elle insinue ou laisse entendre ; dans ses simulations mêmes elle n’oublie pas de nous mettre sur la bonne voie, elle fait le nécessaire pour qu’on devine ses transparents cryptogrammes. […] L’ironie fait ensemble honneur et crédit à la sagacité divinatoire de son partenaire ; mieux encore ! Elle le traite comme le véritable partenaire d’un véritable dialogue. L’ironiste est de plain-pied avec ses pairs, il rend hommage en eux à la dignité de l’esprit. » Jankélévitch, L’Ironie.
• « L’ironie est la mobilité même de la conscience, l’esprit révoquant sans cesse ses propres créatures pour garder son entrain et rester maître des codes, des cultures et des formes cérémonielles. L’ironie remet en question les prémisses soi-disant sacro-saintes ; par ses interrogations indiscrètes elle ruine toute définition, ravive inlassablement la problématique en toute solution, dérange à tout moment la pontifiante pédanterie prête à s’installer dans une déduction satisfaite. L’ironie, c’est l’inquiétude et la vie inconfortable. Elle nous présente le miroir concave où nous rougissons de nous voir déformés, grimaçants, elle nous apprend à ne pas nous adorer nous-mêmes… » id. III, 5.
• Lagneau (Jules), Philosophe français (1851-1894)
« La certitude est une région profonde où la pensée ne se maintient que par l’action. Mais quelle action ? Il n’y en a qu’une, celle qui combat la nature et la crée ainsi, qui pétrit le moi en le froissant. Le mal c’est l’égoïsme qui est au fond lâcheté. La lâcheté, elle, a deux faces, recherche du plaisir et fuite de l’effort. Agir, c’est la combattre. Toute autre action est illusoire et se détruit. Serions-nous seuls au monde, n’aurions-nous plus personne ni rien à quoi nous donner, que la loi resterait la même, et que vivre réellement serait toujours prendre la peine de vivre.
Mais faut-il la prendre et faire la vie au lieu de la subir ? Encore une fois ce n’est pas de l’intelligence que la question relève : nous sommes libres, et, en ce sens, le scepticisme est le vrai. Mais répondre non, c’est faire inintelligibles le monde et soi, c’est décréter le chaos et l’établir en soi d’abord. Or, le chaos n’est rien. Être ou ne pas être, soi et toutes choses, il faut choisir »
• Laïcité
• (lien) ou voir article publié ici page Laïcité / proposition de l’enseignement d’une « morale laïque ». • Par ailleurs voir La laïcité par les textes, Table des matières références aux textes nécessaires et extraits (importante compilation proposée par l’APPEP et due à P. Hayat)

• Lire — Plaisir de la lecture — Diderot
« J’étais à la campagne. Combien cette lecture m’affecta délicieusement ! À chaque instant, je voyais mon bonheur s’abréger d’une page. Bientôt j’éprouvai la même sensation qu’éprouveraient des hommes d’un commerce excellent qui auraient vécu ensemble pendant longtemps et qui seraient sur le point de se séparer. À la fin, il me sembla tout à coup que j’étais resté seul. »
Diderot, Éloge de Richardson.
• Mal (injustice naturelle – Dieu)
« Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance laisse le crime en paix et poursuit l’innocence » Racine, Andromaque, Acte III, scène 2.
• Montaigne
« Je ne peints pas l’estre. Je peints le passage. » Essais, L. III.
• Motivation (lien) Éducation et manque de motivation à l’école.
Article initialement publié dans la revue l’Enseignement philosophique – 59è année – n° 5 – Juin 2009
• mots – langage, parole, violence…
« Il y a des mots qu’il ne faut pas prononcer, même en plaisantant ; des paroles si dures qu’en les accueillant – alors même qu’on n’y croit pas – on se rend complice de la calomnie et de la mort ; par exemple, la complaisance au langage guerrier est déjà, sans qu’on le veuille, une volonté de guerre.» Jankélévitch, L’Ironie.
• Mythe (voir page particulière)
• Musculation
“ Il est sot, en effet, mon cher Lucilius, et très peu convenable pour un homme cultivé de s’occuper à faire de la musculation, à s’élargir la nuque et à se fortifier les pectoraux. Quand tu auras eu la chance de grossir et que tes muscles auront gonflé, jamais tu n’égaleras les forces ni le poids d’un bœuf gras ! Ajoute maintenant que sous le bagage trop important du corps, l’âme est étouffée et rendue moins agile. C’est pourquoi, autant que tu le peux, assigne une limite à ton corps et mets ton âme au large. ” (la suite est à lire)
Sénèque, Lettre à Lucilius, 15, G-F, trad. M-A Jourdan-Gueyer.