En cours. Il ne s’agit évidemment pas de prétendre faire le tour d’un mot. Même ce qui est long ici, relativement, n’est qu’une perspective possible, particulière et suggérée. Je tiens les références à la disposition de chacun.

• Aletheia (αληθεια) / vérité / réalité
« A vrai dire, comme souvent en grec, aletheia signifie moins « vérité » au sens d’accord entre la réalité et la pensée, que « réalité » au sens ontologique. Et phusis peut avoir le même sens. » Pierre Hadot, Le voile d’Isis, Gallimard – NRF, Essais.
• Amour propre
« Je vois de tous côtés des gens qui parlent sans cesse d’eux-mêmes : leurs conversations sont un miroir qui présente toujours leur impertinente figure. Ils vous parleront des moindres choses qui leur sont arrivées, et ils veulent que l’intérêt qu’ils y prennent les grossisse yeux ; ils ont tout fait, tout vu, tout dit, tout pensé ; ils sont un modèle universel, un sujet de comparaisons inépuisable, une source d’exemples qui ne tarit jamais. Oh ! que la louange est fade lorsqu’elle réfléchit vers le lieu d’où elle part ! » Montesquieu, Lettres persanes. Cf. Narcissisme
• Anthropomorphisme
«L’homme, Ariste, humanise toutes les causes, même la Divinité (22). Il lui attribue des desseins humains, une conduite humaine, et quelquefois jusqu’à ses propres passions : témoin l’adultère de Jupiter, la colère de Junon, les larcins de Mercure. C’est qu’il n’y a nulle peine à juger par ce qu’on sent, et qu’il faut de l’attention et du travail pour juger des causes, par une méditation sérieuse sur les idées qu’on en peut avoir. Voilà pourquoi on fait cet honneur à son chien (23) de lui attribuer de la connoissance et de la reconnoissance mêmes, et quantité d’inclinations et de desseins semblables à ce qu’on sent en soi-même. On juge que les insectes mêmes, comme les fourmis, ont de la prévoyance et de la sagesse, et que les abeilles ont une politique merveilleuse. En un mot, on attribuë à toutes les causes, de quelque nature qu’elles soient, des propriétez qui approchent fort des nôtres. C’est un principe d’erreur des plus dangereux. Il ne faut pas même juger des autres hommes, par ce qu’on sent en soi-même (24). » Malebranche, Entretiens sur la mort.
cf. Empathie
• Art – Peinture – Diderot
« Savez-vous quels sont les tableaux qui m’appellent sans cesse ? Ceux qui m’offrent le spectacle d’un grand mouvement ? Point du tout, mais ceux où les figures tranquilles me semblent prêtes à se mouvoir. J’attends toujours. »
• Baudelaire
— selon Huysmans, ou des Esseintes, son personnage :
« Son admiration pour cet écrivain était sans borne. Selon lui, en littérature, on s’était jusqu’alors borné à explorer les superficies de l’âme ou à pénétrer dans ses souterrains accessibles et éclairés […] Baudelaire était allé plus loin ; il était descendu jusqu’au fond de l’inépuisable mine, s’était engagé à travers des galeries abandonnées ou inconnues, avait abouti à ces districts de l’âme où se ramifient les végétations monstrueuses de la pensée. […] Il avait révélé la psychologie morbide de l’esprit qui a atteint l’octobre de ses sensations ; raconté les symptômes des âmes requises par la douleur, privilégiées par le spleen ; montré la carie grandissante des impressions … alors que les enthousiasmes, les croyances de la jeunesse sont taris, alors qu’il ne reste plus que l’aride souvenir des misères supportées, des intolérances subies, des froissements encourus, par des intelligences qu’opprime un sort absurde. […]
A une époque où la littérature attribuait presque exclusivement la douleur de vivre aux malchances d’un amour méconnu ou aux jalousies de l’adultère, il avait négligé ces maladies infantiles et sondé ces plaies plus incurables, plus vivaces, plus profondes, qui sont creusées par la satiété, la désillusion, le mépris, dans les âmes en ruine que le présent torture, que le passé répugne, que l’avenir effraye et désespère. » À Rebours, ch. XII.

• Besoin(s)
Voir livre La République est-elle soluble dans le care ?, partant de la réflexion d’Épicure
• Jean Bodin
(1529-1596) – Philosophe – Philosophie politique

• Cattleya – Catleya (Huymans et Proust)
La même plante, très différemment ressentie.
« […] Il s’aperçut qu’un nom restait encore sur sa liste. Le Cattleya de Nouvelle-Grenade ; on lui désigna une clochette ailée d’un lilas effacé, d’un mauve presque éteint ; il s’approcha, mit son nez dessus et recula brusquement ; elle exhalait une odeur de sapin verni, de boîte à jouets, évoquait les horreurs d’un jour de l’an.
Il pensa qu’il ferait bien de se défier d’elle, regretta presque d’avoir admis parmi les plantes inodores qu’il possédait, cette orchidée qui fleurait les plus désagréables des souvenirs. »
Huysmans, À Rebours – première publication 1884.
» [Odette] tenait à la main un bouquet de catleyas et Swann vit, sous sa fanchon de dentelle, qu’elle avait dans les cheveux des fleurs de cette même orchidée attachées à une aigrette en plumes de cygne. Elle était habillée, sous sa mantille, d’un flot de velours noir qui, par un rattrapé oblique, découvrait en un large triangle le bas d’une jupe de faille blanche et laissait voir un empiècement, également de faille blanche, à l’ouverture du corsage décolleté, où étaient enfoncées d’autres fleurs de catleyas. […]
Mais il était si timide avec elle, qu’ayant fini par la posséder ce soir-là, en commençant par arranger ses catleyas, soit crainte de la froisser, soit peur de paraître rétrospectivement avoir menti, soit manque d’audace pour formuler une exigence plus grande que celle-là (qu’il pouvait renouveler puisqu’elle n’avait pas fâché Odette la première fois), les jours suivants il usa du même prétexte. Si elle avait des catleyas à son corsage, il disait : « C’est malheureux, ce soir, les catleyas n’ont pas besoin d’être arrangés, ils n’ont pas été déplacés comme l’autre soir ; il me semble pourtant que celui-ci n’est pas très droit. Je peux voir s’ils ne sentent pas plus que les autres ? » Ou bien, si elle n’en avait pas : « Oh ! pas de catleyas ce soir, pas moyen de me livrer à mes petits arrangements. » […]
« Certains soirs [Odette] redevenait tout d’un coup avec lui d’une gentillesse dont elle l’avertissait durement qu’il devait profiter tout de suite, sous peine de ne pas la renouveler avant des années ; il fallait rentrer immédiatement chez elle « faire catleya »… »
Proust, Un Amour de Swann — première publication 1913

• Care : Voir livre La République est-elle soluble dans le care ?
• Civilisations
On connait le « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » de Paul Valéry (1871-1945), moins peut-être le texte qui suit, qui mérite sa lecture, et parmi cela « qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie ». (La Crise de l’esprit, 1919, NRF)
Dans son journal (1919-1924, édition Claire Paulhan, 2005) Mireille Havet (1898-1932) écrivait, comme en écho, d’après-guerre, à sa manière, un extrait de son journal, en date de septembre 1922 : « Nos maîtres sont morts et nous sommes seuls. Il faut compter que l’incohérence de notreépoque vient de ce vide accidentel des talents, des intelligences supprimées par la mort. Notre génération n’est plus une génération, mais ce qui reste, le rebut et le coupon d’une génération qui promettait, hélas, plus qu’aucune autre. [ … ] Et nous, enfants gâtés nés pour le plaisir du soir, la douceur des lampes, le crépuscule qui fond les contours, nous voici en pleine apocalypse. Nous n’aimons pas fonder, construire, résoudre. Nous aimons tout ce qui finit et tout ce qui meurt. »
Sur Mireille Havet on peut lire un article d’Emmanuelle Retaillaud-Bajac, paru dans la revue L’Histoire, 2005, n° 299
• Colère, passions primitives, caractères, et possibilité de ne pas les subir.
» Il y a dans l’esprit une chaleur qu’il rassemble quand, enflammé de colère, il fait briller les yeux d’un éclat plus ardent[1]. L’esprit possède aussi ce souffle froid, compagnon de la crainte, qui met le frisson dans les membres et les fait trembler. Il possède encore la paix de l’air qui fait les cœurs tranquilles et les visages sereins. Mais c’est la chaleur qui domine chez les êtres dont les cœurs sont violents, dont l’esprit [coléreux] s’abandonne facilement aux échauffements de la colère. En cette espèce, la première place revient à la sauvagerie des lions[2], qui de leurs rugissements parfois rompent leur poitrine et ne peuvent y contenir les flots de leur fureur. […] Le bœuf a une nature où domine l’air paisible ; jamais la torche de la colère, allumée en lui, ne l’excite et ne répand de fumées qui l’aveuglent de leurs ombres noires[3] ; jamais non plus les traits glacés de la peur ne le traversent pour le paralyser ; il tient le milieu entre les cerfs et les lions cruels.
Ainsi en est-il de la race humaine. L’éducation peut former certains hommes et les polir uniformément ; le caractère de chacun n’en garde pas moins son empreinte première. Nos défauts, croyons-le, ne peuvent être si bien extirpés, que l’un ne reste toujours sur la pente qui fait glisser à la colère, que l’autre ne se tourmente trop vite […], qu’un troisième n’ait trop de facilité à s’accommoder des choses. En bien d’autres points, des différences distinguent fatalement les divers tempéraments, avec les mœurs qu’ils engendrent ; je ne puis en exposer maintenant les raisons secrètes, ni trouver des noms pour tant d’éléments et de figures[4], principes de cette diversité. Il est une évidence que je puis cependant proclamer, c’est que les traces du naturel premier, que la raison est incapable d’effacer, [sont tellement minces[1]] qu’elles s’atténuent cependant au point que rien ne peut nous empêcher de mener une vie digne des dieux. »
Lucrèce, De la Nature des choses, Livre III, v. 292 et suivants, Trad. H. Clouard, 1964, GF.
[1] Une autre traduction préfère à « ardent » « ardeur trop âcre », qui va dans le sens de ce qui suit sur la colère (Flammarion, 2008, J. Kany-Turpin).
[2] De l’animal à l’homme il y a des points communs et de nettes différences pour Lucrèce, de degrés seulement, dans la possession de telle ou telle faculté.
[3] C-à-d de passions aveuglantes, mauvaises.
[4] C-à-d pour autant de combinaisons possibles d’atomes et les particularités qu’elles engendrent, un temps.
[1] Ajout selon trad. évoquée en note
— article (lien ci-dessus): L’École des compétences est-elle l’avenir de la démocratisation ? Devenir apte à une aptitude
— article : L’Homme sans compétences parution initiale Revue L’Enseignement philosophique 60è année n° 3 – 02/2010
• Conscience de soi – Âme raisonnable
« Les biens propres de l’âme raisonnable : elle se voit elle-même, s’analyse eIle-même, se façonne elle même a sa volonté. Le fruit qu’elle produit, elle-même Ie récolte, au lieu que les fruits des plantes et ce qui en tient eu chez les animaux, sont recueillis par d’autres. » Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même.
• Conversation
« L ‘esprit de conversation est ce qu ‘on appelle de l’esprit chez les français. Il consiste à un dialogue ordinairement gai, dans lequel chacun sans s’écouter beaucoup, parle et répond, et où tout se traite d’une manière coupée, prompte et vive. Le style et le ton de la conversation s’apprennent, c’est à dire le style de dialogue. Il y a des nations où l’esprit de conversation est entièrement inconnu. Telle sont celles où l’on ne vit point ensemble, et celles dont la gravité est le fondement des mœurs. Ce qu’on appelle esprit chez les Français, n’est donc pas de l’esprit mais un genre particulier d’esprit. »
« Dans les conversations il ne faut pas se croiser sans cesse, elles seraient fatiguâtes. Il faut marcher ensemble : quoiqu’on ne marche pas de front ni sur la même ligne, on tient le même chemin. » (1014)
Montesquieu, Mes Pensées, Gallimard, Folio Classique.
• Conversation (bis)
Alain et la conversation, au risque du laisser-aller (difficulté d’un art de la conversation)
« Mais le plus libre de tous les arts est sans doute l’art de la conversation, où l’on n’est même pas retenu par les nécessités de syntaxe, ni par les mouvements de l’écriture. C’est alors, par cette dangereuse liberté, par l’attention aussi toujours tournée vers soi, que l’improvisation éveille le tumulte du corps, la tension, la rougeur, les signes, dont le résultat serait enfin une sottise sans mesure et d’amers reflets, si la politesse ne limitait d’avance les conversations à lieux communs, et encore selon une forme convenue. […] D’après cela on se fait quelque idée de ce que pourrait être une conversation véritable où chacun inventerait en parlant. »
Alain, Systèmes des beaux-arts, 1926, idées/Gallimard, L. X, De la Prose, XII, Essai sur le style. — Voir aussi : Art – Alain – conversation
• Convoitise

• Corruption
— Cicéron (106-43) : « Faire de la république une source de gain, c’est non seulement une honte, mais un crime abominable. » Traité des devoirs
— Montesquieu (1689-1755) : « Oserai-je le dire ? Le plus grand mal que fait un ministre sans probité n’est pas de desservir son prince et de ruiner son peuple ; il y en a un autre, à mon avis, mille fois plus dangereux : c’est le mauvais exemple qu’il donne.
Tu sais que j’ai longtemps voyagé dans les Indes. J’y ai vu une nation, naturellement généreuse, pervertie en un instant, depuis le dernier de ses sujets jusqu’aux plus grands, par le mauvais exemple d’un ministre. J’y ai vu tout un peuple, chez qui la générosité, la probité, la candeur et la bonne foi ont passé de tout temps pour les qualités naturelles, devenir tout à coup le dernier des peuples ; le mal se communiquer, et n’épargner pas même les membres les plus sains ; les hommes les plus vertueux faire des choses indignes et violer les premiers principes de la justice, sur ce vain prétexte qu’on la leur avait violée.
[…] Quel plus grand crime que celui que commet un ministre lorsqu’il corrompt les mœurs de toute une nation, dégrade les âmes les plus généreuses, ternit l’éclat des dignités, obscurcit la vertu même, et confond la plus haute naissance dans le mépris universel ? » Lettres persanes
• DIDEROT (citations diverses)
(incessant devenir de toute chose — une réalité infiniment mobile, jamais identique à elle-même, ou rien n’est jamais identifiable que provisoirement et artificiellement)
— • Dans ce dialogue, confronté à la conviction déiste et providentialiste d’un certain Holmes, particulièrement à l’idée d’un «être intelligent » auteur du monde, Saunderson, aveugle de naissance, lui répond :
« Qu’est-ce que ce monde M. Holmes ? Un composé sujet à des révolutions, qui toutes indiquent une tendance continuelle à la destruction ; une succession rapide d’êtres qui s’entre-suivent, se poussent et disparaissent ; une symétrie passagère ; un ordre momentané. […] nous passerons tous, sans qu’on puisse assigner ni l’étendue réelle que nous occupions, ni le temps précis que nous aurons duré. Le temps, la matière et l’espace ne sont peut-être qu’un point. » Lettre sur les aveugles
— • « Si les phénomènes ne sont pas enchaînés les uns aux autres, il n’y a point de philosophie. Les phénomènes seraient tous enchainés, que l’état de chacun d’eux pourrait être sans permanence. Mais si l’état des êtres est dans une vicissitude perpétuelle : si la nature est encore à l’ouvrage, malgré la chaîne qui lie les phénomènes, il n’y a point de philosophie. Toute notre science naturelle devient aussi transitoire que les mots. Ce que nous prenons pour l’histoire de la nature n’est que l’histoire très incomplète d’un instant. » Interprétation de la Nature
— • « Ce qui vit à toujours vécu et vivra sans fin. La seule différence que je connaissance entre la mort et la vie c’est qu’à présent vous vivez en masse et que dessous, épars, en molécules, dans vingt ans d’ici, vous vivrez en détails. » Lettre à Sophie Volland, 15 octobre 1759 .
— • L’homme ? « une symétrie passagère, un ordre momentané » Lettre sur les aveugles. Au reste ? « un immense océan de matière » Le Rêve de d’Alembert (matière dont on ne sait que très partiellement ce qu’elle est)
— • « Les phénomènes sont infinis ; les causes cachées ; les formes, peut-être transitoires » Interprétation de la nature
— • « Qui empêchera des parties élémentaires, intelligentes et sensibles, de s’écarter à l’infini de l’ordre que constitue l’espèce ? » Entretien entre Diderot et d’Alembert
— • « vous parlez d’individus, pauvres philosophes ! laissez là vos individus […] Que voulez-vous donc dire avec vos individus ? Il n’y en a point… Il n’y a qu’un seul grand individu, c’est le tout. […] il y a une partie que vous appellerez telle ou telle ; mais quand vous donnerez le nom d’individu à cette partie du tout, c’est par un concept aussi faux que si, dans un roseau, vous donniez le nom d’individu à l’aile, à une plume de l’aile…» Le Rêve de d’Alembert
— • « Tout change, tout passe, il n’y a que le tout qui reste. Le monde commence et finit sans cesse ; il est à chaque instant à son commencement et à sa fin » Le Rêve de d’Alembert
— • « Il ne me reste peut-être pas, à l’âge que j’ai, une seule molécule du corps que j’apportai en naissant. J’ignore le terme prescrit de ma durée ; mais lorsque que le moment sera venu, il ne lui restera peut-être pas une des molécules qu’il a. […] Telle est ma condition et celle de tous. » De la Poésie dramatique.
— • « Tout s’est fait en nous parce que nous sommes nous, toujours nous, et pas une minute le même » Réfutation…d’Helvétius
— • Fortement préoccupé, absorbé, « j’existe comme un point ; je cesse presque d’être matière, je ne sens que ma pensée » Le Rêve de d’Alembert
— • «Une considération sur-tout qu’il ne faut point perdre de vûe, c’est que si l’on bannit l’homme ou l’être pensant et contemplateur de dessus la surface de la terre, ce spectacle pathétique et sublime de la nature n’est plus qu’une scène triste et muette. L’univers se tait: le silence et la nuit s’en emparent. Tout se change en une vaste solitude où les phénomènes inobservés se passent d’une manière obscure et sourde. C’est la présence de l’homme qui rend l’existence des êtres intéressante.» Encyclopédie
• DIDEROT ET POLIGNAC : L’ADOLESCENCE D’UNE PENSÉE ET LE PROVIDENTIALISME
Article — Diderot des premiers temps, des Pensées philosophiques et de quelques autres livres, compris relativement à L’Antilucretius de Melchior de Polignac (1661-1742), providentialiste, défendant Descartes contre Newton, luttant contre le matérialisme montant. La première publication du livre est de 1745. L’Anti-Lucrèce, Poëme sur la religion naturelle, fut publié en français en 1749, par J-P de Bougainville (Paris, Desaint & Saillant).
Publié dans la revue L’Enseignement philosophique, 56è année, n° 5, mai-juin 2006
• DOULEUR (au bonheur des « délices » de la…)
Pour la curiosité du lecteur, et relativement à un état d’esprit qu’on veut supposer n’être que celui d’un passé révolu, voici un court extrait, ci-dessous, d’un livre intitulé De la Douleur (1903, pour cette « septième édition »), dont l‘auteur est « Monseigneur Bougaud, évêque de Laval ».
Au plus court, ce propos, bien des pages du livre, les exemples donnés, reviennent à dire tu te réjouiras de ta douleur… Il s’agit d’un vieux problème, originel, la coexistence d’un mal et d’un Dieu posé comme parfait, donc bon, et créateur, ce qui, au moins, peut apparaître contradictoire. Dans ce livre, qui, face à la douleur, veut répondre au sentiment d’une injustice, d’un abandon, et particulièrement quand des maux frappent des innocents, on ne peut même pas dire que l’auteur invite à faire de nécessité vertu. Si c’était le cas, relativement à cette opinion sur Dieu, cela supposerait d’inviter le croyant déçu, voire scandalisé et révolté, à accepter quand même ces situations qui le portent au doute, acceptation qu’exige sa foi, et en admettant même que cela lui est incompréhensible. Faire de nécessité vertu, ce serait ne pas glorifier la douleur, ne pas la juger nécessaire, ne pas la justifier mais faire avec, bon gré, mal gré, l’accepter peut-être, parce qu’il faut bien vivre.
Lui, au contraire, la justifie. On ne saurait accuser Dieu, ainsi “défini”, et toute révolte ou désespoir serait effet d’une mauvaise compréhension. La mort du Christ le montre, et sa croix… « bien aimée ». La douleur a sa vertu, en elle-même. Elle n’est pas absurde. Elle est nécessaire. Il y a réellement une vertu de la douleur, de sa nécessité. Certes, il faut être les héros de la [mauvaise ?] foi, ceux qui vont à la sainteté, pour l’entendre.
Comme on dit : à bon entendeur, salut ! S.P.
L’extrait
« Voilà où la Religion conduit ses héros. Elle jette sur la douleur une telle lumière, qu’elle la leur fait aimer. Ils en savourent les délices. Ils s’y plongent comme dans un bain. Ils regardent la croix, et ils lui disent : O bona crux ! crux amata !
Il est vrai que je ne parle ici que de la douleur physique, de cette douleur qui brise nos os, qui torture nos membres. C’est de celle-là seulement que je dis que la Religion nous la fait aimer. Mais quand vous, hommes de la sagesse humaine, vous ne parvenez même pas à me la faire accepter, à me la faire aimer, ou même simplement à me faire entrevoir et comprendre qu’on puisse l’aimer, n’est-ce pas déjà un résultat sublime ? »
Note : Ce livre est lui-même un composé d’extraits des tomes I & V d’un précédent, Du Christianisme et les temps présents. L’auteur est mort en 1888.
https://data.bnf.fr/fr/see_all_activities/12157006/page1
• « DROITS HUMAINS »
Faut-il comprendre droits bons ? sensibles ? Il y aurait donc des droits inhumains ? Diantre ! Des lois inhumaines, sans doute.
Le plus curieux est que cette traduction est contestable… (j’attends l’avis de traducteurs éclairés). Puisque, contre droits de l’homme, ou de l’Homme, ce « droits humains » n’a su que copier l’anglais, à tout prendre, Human rights ne devait-il pas être traduit droits de l’humain (plus acceptable) ?
En mettant « humains » au pluriel, en l’accordant et l’ajoutant à « droits« , on le fait second — adjectif. On oublie que c’est d’une nature reconnue de l’homme ou de l’Homme ou de l’humain, ou de la personne (choisissez !), que ces droits tiennent leur existence, leur particularité, leur universalité. Là, l’humain manque de substance.
La « déclaration universelle » adoptée le 10 décembre 1948 par l’assemblée générale des Nations Unies, ne distingue ni homme ni femme, ne fait aucune référence à un physique particulier, pour dire ce qui fait l’humanité. L’identité des êtres humains tient de ce qu’ils sont « doués de raison et de conscience », ce qui les fait de naissance « libres et égaux en dignité et en droits », lesquels définissent ce qui nécessaire à tout être de cette nature. Sans doute manque-t-il que cela exige en proportion une égalité en devoirs, simultanément envers soi et envers les autres, mais cela est déductible d’articles qui suivent. Pour le dire vite, les droits des uns sont les devoirs des autres envers eux, et vice versa. Autant qu’on est en âge de s’en rendre compte ils sont des devoirs envers soi-même (ex. : si l’instruction est un droit, s’instruire est un devoir, donc instruire l’enfant est un devoir) .
Ces droits de l’humain lui sont dus. Personne n’a autorité pour les accorder ou non, puisqu’ils sont de nature. Un régime tyrannique peut ne pas les inscrire dans les lois de son pays, prétendre leur opposer on ne sait quoi qu’il dirait supérieur, cela ne changera rien à ce qu’ils sont et au fait que toute société devrait respecter en chacun son humanité et donc non pas accorder ces droits mais se faire un devoir de les inscrire dans ses lois. Que l’on ne croit pas cela trop « abstrait » ou « théorique ». De cette reconnaissance de l’humain comme conscience et raison, il peut se déduire très concrètement des règles sur le mariage comme la nécessité de l’instruction, la supériorité d’un régime politique sur un autre, ce qu’est un consentement, ce qui doit être fait relativement à des handicaps, etc. Ces droits et devoirs universels, envers les autres et envers soi, sont les conditions de la liberté et donc concrètement de la possibilité de différences. Ces droits ne sont donc pas des possibilités qu’une autorité accorderait par générosité, qu’elle soit politique, religieuse ou de toute autre nature. S.P.
• ÉCOLE ET DÉMOCRATISATION — Article : Stefan Zweig et « l’école au siècle passé »
Réflexion sur les mythes et lacunes d’un discours sur la « démocratisation » de l’école, relativement à un passage du livre de Stefan Zweig, Le Monde d’hier (Die Welt Von Gestern). Article publié initialement dans la Revue l’Enseignement philosophique, 64e année – n° 2, février 2012 [lien dans le titre]
• ÉCOLE, SAVOIR, PROFESSEUR — BERNARD STIEGLER
Quelques mots de Bernard STIEGLER, extraits d’un entretien conduit par Malgorzata GRYGIELEWICZ et Nathalie PÉRIN, et intitulé L’École de demain.
« L’école de demain doit produire non pas de bons employés adaptables à la tâche prédéfinie par un système de production massivement automatisé, mais des critiques : des travailleurs qui soient capables de critiquer l’économie pour amener l’économie à produire mieux, c’est-à-dire de manière plus économique. […] L’enjeu est de revaloriser les savoirs et d’engager un vaste processus de déprolétarisation – la « prolétarisation » désignant ici d’abord la perte de savoir, qui affecte désormais toutes les activités humaines, sciences comprises, dont l’état de fait était déjà l’enjeu de La Condition postmoderne comme « mise en extériorité du savoir par rapport au sachant ». Il faut que l’école apprenne à former à nouveau des producteurs sachants et savants, c’est-à-dire dotés de savoirs, et non seulement de compétences ».
• ÉCRIRE — ÉCRIVAIN
• —> Tolstoï (1828-1910), 2 juillet 1889, son journal :
« J’ai travaillé à La Sonate à Kreutzer. Ce n’est pas mal. J’ai fini. Maintenant, il faut tout reprendre depuis le début. »
« Ce que Kafka admirait le plus, et qu’il chercha avec obstination — on est tenté de dire : avec une obstination incorrigible — jusque dans ses ultimes tentatives, était un absolu parachèvement formel, dans le détail comme dans l’ensemble. Cela signifie avant tout qu’un texte littéraire devait se déployer de façon parfaitement organique à partir de son germe fictionnel et imaginaire, sans revirement arbitraire, sans schématisme, sans hasard provoqué, sans détail superflu ou importun ni autres impuretés du même genre. » Reiner Stach (op. cit.)
24 juillet : « J’ai terminé le brouillon. J’ai compris qu’il fallait tout transformer en introduisant de l’amour et de la compassion pour elle (la femme). » [Septième rédaction]
28 août : » Je me suis levé tôt, me suis mis aussitôt au travail et ai écrit près de quatre heures La Sonate à Kreutzer. J’ai terminé. Il m’a semblé que c’était bon. [Il part ramasser des champignons] …je suis de nouveau mécontent. Ce n’est pas cela. » [La part d’amour et de compassion est presque absente…]
29 août : « Je répugne à montrer au public une œuvre imparfaite, mal écrite, et même médiocre. Et c’est déplorable.» [Il travaille un mois à une huitième rédaction, déclarant en avoir « par-dessus la tête ».]
Pour l’anecdote : la nouvelle, inachevée, est lue par des amis de Tolstoï, qui la diffusent (l’admirant), contre l’avis de Tolstoï. Elle est largement recopiée et vendue, circule partout et est un succès immédiat. Tolstoï l’achève en décembre 1889. La censure interdit sa publication. Alexandre III l’autorise, avec réticence, grâce à la démarche de l’épouse de Tolstoï.
•—> Kafka (1883-1924), Lettres à Félice, cité par Reiner Stach, Kafka, T. 1, Le Temps des décisions, 2023, Le Cherche-Midi, coll. « Biographies ».
Décrivant chez Kafka « l’angoisse d’une incapacité définitive », R. Stach cite une lettre à sa « fiancée », Félice Bauer : « Ma vie consiste et a au fond toujours consisté en tentatives d’écriture le plus souvent ratées. M’arrivait-il de ne pas écrire, aussitôt je gisais au sol, tout juste bon à ce qu’on m’évacue d’un coup de balai ».
• ÉCRITURE (défense de l’écriture)
« Allant droit au but, d’après la leçon des arts qui nous sont mieux connus, je conjecture que les travaux de l’esprit ne conduisent à la forme, ou si l’on veut au style, qu’autant qu’ils ressemblent aux travaux manuels ; car notre condition humaine est telle, par la fabrique de notre corps, que seule l’action efface les passions, délivre le cœur, et enfin la pensée. C’est pourquoi j’aimerais qu’une école de belles-lettres ressemblât toujours à quelque atelier de peintre, où l’on ne médite jamais sans faire. Et cette culture exclut tout à fait, selon mon opinion, ces connaissances que l’on prend en écoutant et que l’on prouve en parlant. […] Il faut donc comprendre que, par les exercices scolaires qui sont de tradition, et que l’on pourrait étendre d’après ces principes, la volonté écolière est ramenée des fins lointaines et des ambitions peu à peu à l’action même ; l’assiduité est alors en plaisir elle-même, et l’action prend toute la pensée et la garde, comme une bonne terre boit l’eau. Car saisir vaut mieux qu’admirer ; mais faire vaut mieux que saisir. Et le respect passe ainsi de l’intention au geste, comme la piété dans son profond développement ; ainsi se forme pour toute une vie l’écolier de lettres, comme l’écolier de peinture.
Cette méthode d’écrivain, de penser à mesure que la plume écrit, ne se perd plus dès qu’on l’a assez éprouvée. Car la pensée sans objet est creuse ; et l’objet proche et convenable pour ce genre de pensée que les mots expriment, c’est la langue même. Comme l’architecte construit pierre sur pierre, mais nullement sur le papier, et encore moins en rêverie, ainsi I’écrivain écrit, liant un mot à un mot ; et ce qu’il écrit c’est sa pensée. Réciter à soi-même avant d’écrire, c’est une méthode d’orateur, qui a d’autres règles ; et si l’on ne peut s’en délivrer tout à fait, qu’elle regarde toujours de près les mots qui sont écrits, comme le maçon cherche une pierre convenable pour joindre à celles qui attendent. Comme un mouvement d’éloquence en appelle un autre qui continue, ou qui repose par le contraste, d’où naît la pensée oratoire, ainsi une ligne de prose, par les mots avec tous leurs sens, par les liaisons, qui vont toujours au-delà du projet comme un lait de ciment achève le bloc, par l’équilibre et les échanges avec ce qui précède, dessine déjà ce qui va suivre, et par l’ajustement le fait reconnaître. Car il n’y a qu’une pierre qui convienne, mais le maçon la trouve toujours, Par quoi la prose ressemble aux autres œuvres, Toujours, autant que l’œuvre est d’artisan, le modèle de I’œuvre est hors de l’œuvre ; mais autant que l’œuvre est d’artiste, c’est l’œuvre même qui est le modèle. » Alain, Système des beaux-arts.
Article paru dans la revue L’enseignement philosophique – 63e année – N° 2 – 2013
• Empathie : Voir la page du même nom.
• Enseignement de la philosophie au lycée (conférence puis article publié dans la revue L’enseignement philosophique – 64e année – Numéro 3 – Mai 2014)
• EMC – LAÏCITÉ. Références et réflexions sur cet enseignement. Voir ce lien Enseignement moral et civique et plus encore Ressources pour les cours d’EMC dont la remarquable Anthologie, La laïcité par les textes faite par Pierre Hayat
• ENTRE DEUX VERRES – in poculis*
« Au second verre, j’ai senti renaître le vieux désir de lier connaissance avec les autres, ce sentiment d’avoir beaucoup de choses à leur communiquer, et l’illusion qu’on pourrait s’arranger pour vivre si l’on était assuré d’une marge où l’existence s’échauffe et brille dans ses plus modestes manifestations. »
«Bien que je ne croie pas tellement qu’un homme possède une histoire en propre ; le goût qu’ont certains de mettre les leurs dans la communauté, de partager celles des autres, répond certainement à une nécessité profonde de l’espèce. Car enfin la capacité d’éprouver les tristesses ou les joies d’autrui nous distingue de l’animal. Et il faut bien reconnaître, là encore, que la constitution de ce patrimoine affectif ne s’opère jamais mieux que devant un verre … »
Antoine Blondin, Un singe en hiver.
* la coupe à la main. Lucien Jerphagnon traduit « entre deux verres » renvoyant à Cicéron, Cato maior, De senectute, 46.
• FÉMINISME (gravures en couleur de l’édition Fasquelle de 1898, par Notor)



« Le gouvernement despotique gêne les talents des sujets et des grands hommes, comme le pouvoir des hommes gêne les talents des femmes » Montesquieu (1689-1755), Mes Pensées.
Un article de Télérama, n° 3869 du 6/3/24, entretien avec la présidente de la Fondation des Femmes : Anne-Cécile Mailfert : “La société est prête, #MeToo est entré dans tous les milieux. Mais l’État ne suit pas”
• FRANCE (Identité de) — VALÉRY (Paul)
IMAGES DE LA FRANCE (1927), Paul Valéry. « Il n’est pas nation plus ouverte, ni sans doute de plus mystérieuse que la française; point de nation plus aisée à observer et à croire connaître du premier coup. On s’avise par la suite qu’il n’en est point de plus difficile à prévoir dans ses mouvements, de plus capable de reprises et de retournements inattendus. Son histoire offre un tableau de situations extrêmes, une chaîne de cimes et d’abîmes plus nombreux et plus rapprochés dans le temps que toute autre histoire n’en montre.

À la lueur même de tant d’orages, la réflexion peu à peu fait apparaître une idée qui exprime assez exactement ce que l’observation vient de suggérer : on dirait que ce pays soit voué par sa nature et par sa structure à réaliser dans l’espace et dans l’histoire combinés, une sorte de figure d’équilibre, douée d’une étrange stabilité, autour de laquelle les événements, les vicissitudes inévitables et inséparables de toute vie, les explosions intérieures, les séismes politiques extérieurs, les orages venus du dehors, le font osciller plus d’une fois par siècle depuis des siècles. La France s’élève, chancelle, tombe, se relève, se restreint, reprend sa grandeur, se déchire, se concentre, montrant tour à tour la fierté, la résignation, l’insouciance, l’ardeur, et se distinguant entre les nations par un caractère curieusement personnel.
Cette nation nerveuse et pleine de contrastes trouve dans ses contrastes des ressources tout imprévues. Le secret de sa prodigieuse résistance gît peut-être dans les grandes et multiples différences qu’elle combine en soi. Chez les Français, la légèreté apparente du caractère s’accompagne d’une endurance et d’une élasticité singulières. La facilité générale et l’aménité des rapports se joignent chez eux à un sentiment critique redoutable et toujours éveillé. Peut-être la France est-elle le seul pays où le ridicule ait joué un rôle historique ; il a miné, détruit quelques régimes, et il y suffit d’un mot, d’un trait heureux, (et parfois trop heureux), pour ruiner dans l’esprit public, en quelques instants, des puissances et des situations considérables. On observe d’ailleurs chez les Français une certaine discipline naturelle qui le cède toujours à l’évidence de la nécessité d’une discipline. Il arrive qu’on trouve la nation brusquement unie quand on pouvait s’attendre à la trouver divisée. » Paul VALÉRY(1871-1945), Regards sur le monde actuel et autres essais, NRF-Gallimard, 1945, Images de la France.
• GÉNIE — DIDEROT
« L’homme de génie sait qu’il met au hasard, et il le sait sans avoir calculé les chances pour ou contre ; ce calcul est tout fait dans sa tête » Diderot, Sur le Génie.
Le génie en art n’est pas issu du jugement. Un homme de « grand jugement » juge bien mais ne crée pas. Pour le dire selon un exemple de Diderot, il n’a pas « trempé sa plume dans l’arc-en-ciel » Sur les femmes. Le génie suppose plus que l’éducation, que la lecture et l’étude des livres, une part de passion et d’intuition, une ivresse (cf. aussi Jacques le fataliste). Il est une « sorte d’esprit prophétique » (Sur le génie) qui permet « toutes ces idées extraordinaires » (Sur les Femmes).
• HAINE – HAÏR
« …la haine […] ne joue pas avec la mort, elle joue le jeu même de la mort. Haïr ce n’est pas détester une forme de pensée ou de conduite, c’est viser un être par le moyen de ses manières d’être, faire de l’attitude ou de l’acte odieux la vérité dernière, l’essence complètement déterminée de l’ennemi, suivant la pratique des justices sociales qui identifiant le criminel à son crime le livrent ensuite au bourreau en toute sécurité morale. La haine nie d’abord la liberté de l’être abhorré, la change en destin, transformant le sujet en objet, comme fait la mort. Ensuite d’une façon moins symbolique et plus réaliste, la haine conteste à l’être haï son droit à l’existence, et de proche en proche elle s’en prend au monde entier et au principe du monde qui permettent cette intolérable existence. »
Étienne Borne, Le problème du mal.